Au-delà des barreaux

D’habitude, il propose des albums d’ambiance. De son Séga Séga en 2002, Bat’Séga en 2003, Alain Ramanisum a sorti la semaine dernière Prisonnier, un album à part. Quinze ans avec les Cassiya, Alain Ramanisum est en solo avec son groupe Ravanna. Toujours dans le vent, à la recherche de nouvelles chansons, cet artiste ne connaît pas la tranquillité. Il se montre parfois plaisantin, parfois sérieux. Mais cette fois, son album Prisonnier vient chambouler nos a priori.

Prisonnier, c’est le titre de votre nouvel opus. Pourquoi ?

J’ai toujours rêvé de composer une chanson sur les prisonniers. Ce que j’aime avant tout, c’est de regarder l’intérieur, écrire ce que j’entends ou ce que je vois. Un jour j’ai rencontré un ami qui venait tout juste de sortir de prison et il m’a dit qu’à l’intérieur, il y avait énormément de fans qui m’écoutaient. Sa ine touche mwa.

D’où sortez-vous cette soudaine inspiration pour le milieu carcéral ?

Je n’ai pas honte de le dire, il y a un temps où mon frère était en détention en cellule policière. C’est lui qui m’a tout raconté, comment les prisonniers vivaient, ce qu’ils ressentaient surtout. Dans ma chanson Prisonnier, je parle de ceux qui «ine tente ène la chance, à qui ine arrive ène malchance.» Je ne dirai jamais plus que le mot «prisonnier» équivaut à culpabilité ou pauvreté. Ce ne sont que des préjugés.

Est-ce que c’est suite à l’arrestation de certains artistes que vous avez intitulé votre album Prisonnier ?

(Temps de silence). Non. Ce n’est pas suite à cela, d’ailleurs il ne faut pas seulement parler des artistes qui sont allés en prison, mais bien de toute la population !

Quel message principal voulez-vous alors transcrire avec cet album ?

Moi ti lé concientise la population. Montrer à tout le monde qui capave passer dans la tête ène prisonnier. So souffrans, ban prisonniers injustement enfermés, ban les autres qui méritent zot sort. Li ti toujours ène réflexion qui mo ti pé garde à l’intérieur de moi.

Dans la chanson Prisonnier , vous parlez de « la cloche dominer». Nous ressentons même dans votre voix, une profonde émotion. Que vous vouliez-vous démontrer ?

(Réflexion). Ou coné qui était la cloche dominer? C’est cette cloche qui réveille tous les prisonniers vers cinq heures du matin. Tous dimounn oblizé levey. Ce que je voulais démontrer, c’est que dans les prisons, il n’existe plus de religion, plus de communauté, de riche ou de pauvre.

Chacun porte son «cabaye», un seul uniforme pour tous. C’est en quelque sorte, la blessure, le fardeau que chaque individu porte sur le dos…

Que représente alors la musique pour vous?

La musique c’est ma vie. Les gens peuvent dire que je ne fais que du séga «ambiance», avec Séga Séga, Bat’Séga , mais là, je porte un album différent. Je me devais de faire ce changement. Tomber dans la musique a été des plus bénéfiques.

Pourquoi? Etiez-vous à la recherche d’un album plus profond ?

(L’air surpris). Peut-être. Ce que je voulais surtout c’était œuvrer dans la création. On dit souvent que je suis influencé par Cassiya ! C’est normal, puisque j’ai fait 15 ans avec eux ! Avec Prisonnier je viens avec un nouveau son. L’originalité, c’est cela mon but. C’est Gérard Louis et Ton Vyé qui m’ont permis d’avancer. Alors que je n’avais que 15 ans, j’ai entendu Ton Vyé en répétition. Avec un clavier, j’ai commencé à imiter les notes de sa chanson au même moment que lui. Mais à cette époque, je ne savais pas jouer du clavier ! Aujourd’hui je suis claviériste ! Gérard Louis, c’est l’homme qui m’a fait confiance, c’est lui qui m’a conduit jusqu’aux Windblows.

Mais qui dit nouvel album, dit aussi piratage ! Quel est votre avis là dessus?

(Avec résignation). C’est le plus grand fléau qui soit. Et nou pa pe trouv solution ! Ce que les artistes ont comme recours, c’est de se soumettre au public. J’ai un message à faire passer aux fans, arrête achète cds pirates. Nou bann artistes, nou pe plein are sa bann profiteurs !

source:l’express